Contexte Historique

L'Alsace-Moselle bien situé d'un point de vue géographique, a été de tout temps objet de passage des envahisseurs, de la convoitise des belligérants et de marchandages entre vainqueurs et vaincus. La signature du traité de l'armistice de 1940 illustre ces propos, la région Alsace-Moselle étant cédée par le vaincu au vainqueur. Elle ne subit pas le même sort que les autres régions française, en effet elle est annexée purement et simplement au IIIe Reich, dont elle fait désormais entièrement partie.

Une nouvelle fois la population doit se soumettre à de nouvelles lois et ordonnances qui lui étaient étrangères. Ce qui fait que la vie des Alsaciens se modifie profondément.

De tous les départements français, les trois départements annexés ont subi la répression la plus importante et déploré le plus de victimes des S.S. et de la Gestapo. Etant considérés comme allemands, les Alsaciens ne pouvaient pas parler le français. La jeunesse alsacienne était obligée de faire partie des organismes allemands : Hitlerjungen pour les garçons, BDM (Bund Deutschen Mädchen) pour les filles qui étaient des structures para militaires avec uniformes et défilés. Les hommes étaient engagés dans la Wehrmacht (on les appela les malgré-nous) et envoyés sur le front de l'est qui était le front le plus dur. Les jeunes filles devaient faire le « Arbeitdienst ». Elles étaient obligées de travailler dans les usines d'armement en Allemagne loin de leures familles. Les adultes surtout les fonctionnaires étaient contraints de participer à des manifestations organisées par les Allemands et d'être membres du parti nazi. Un refus leur valait de perdre leur poste, voire la déportation et la prison pour certains. Beaucoup de patriotes français furent battus, déportés ou même tués comme Jean-Jacques Waltz dit Hansi qui a été un grand caricaturiste alsacien et qui caricaturait déjà les prussiens présents en Alsace de 1870 à 1918. Il fut tabassé par des hommes de la Gestapo. En Alsace se trouvaient deux camps nazis ayant des miradors, triples rangé de barbelés, chemin de ronde avec chien dressé à tuer et gibet de potence : celui de Schirmeck camps d'internement, de concentration et celui du Struthof camps de concentration et d'extermination avec chambres à gaz et four crématoires.

photo de Hansi
photo de Hansi
gibet de potence du Struthof
gibet de potence du Struthof
Plaque comémorative au malgré-nous mort dans la Wehrmacht
Plaque comémorative au malgré-nous mort dans la Wehrmacht
entée du Struthof
entée du Struthof

Hitler ordonna à Josef Bürckel et Robert Wagner, des Hauts fonctionnaires du parti national socialiste des travailleurs allemand chargé respectivement de la Moselle et de l'Alsace, une germanisation forcée et en dix ans la culture française devait avoir disparue de l'Alsace-Moselle. (Interdiction de la langue française, destruction des manuels scolaires français, interdiction du drapeau tricolore, germanisation des noms, des noms des rues....). Ecoles et administrations étaient toutes encadrées par les allemands. A l'école, il était interdit de prononcer un seul mot de français. Il était aussi strictement interdit d'avoir des livres français chez soi. Il fallait les apporter sur la place publique où ils étaient brûlés. Tous les symboles français devaient disparaitre. Ainsi le fait de porter un béret pouvait vous conduire en prison. Les prénoms trop français étaient changés. Ainsi Roger devenait Rüdiger et Henri devenait Heinrich.

Robert Wagner
Robert Wagner
Joseph Bürckel
Joseph Bürckel
Affiche de propagande allemande contre l'Alsace française
Affiche de propagande allemande contre l'Alsace française

Toutes ces raisons font que la résistance alsacienne fut très intense par rapport à d'autres régions françaises. Dès juillet 40, les premiers groupes de résistants se forment comme Espoir français, qui est considéré comme le premier groupe de résistants de Moselle; ou encore: Mario qui fut un groupe d'extrême gauche alsacienne ou" la main noire" qui était un groupe de résistants qui regroupait des jeunes alsaciens qui faisaient des sabotages, de la contre-propagande et du renseignement. On peut aussi citer la Feuille de lierre, organisation ayant récupéré et stocké des armes au moment de la débâcle et les ayant ensuite redistribué parmi d'autres groupes de résistants. La Feuille de lierre a aussi fait des actions symboliques comme déchirer des drapeaux allemands ou peindre les ponts en bleu blanc rouge. Les forces françaises libres (F.F.I) étaient aussi actives sous le commandement  de Georges Kiefer appelé commandant François. Mais, dès 1940, se sont aussi créées les premières filières d'évasion à travers les Vosges pour les prisonniers de guerre évadés de captivité. Ces filières furent ensuite utilisées par les patriotes alsaciens qui voulaient rejoindre l'Afrique du nord ou Londres à travers les zones occupées. Dans les Vosges se forment aussi des maquis comme le maquis de Corcieux qui reçue des parachutages d'armes de la part des alliés. 

Dans les camps de prisonniers allemands, les Alsaciens pouvaient signer un formulaire leur permettant de rentrer chez eux en à condition qu'ils acceptent de prendre la nationalité allemande et qu'ils reconnaissent être citoyens du IIIeme Reich .Certains ont refusé préférant être prisonniers mais français, que libérés mais allemands, ce qui est une sorte de résistance symbolique.

commandant François, chef des F.F.I. d'Alsace
commandant François, chef des F.F.I. d'Alsace
Plaque commémorative de la Main Noire
Plaque commémorative de la Main Noire

D'autres décident de résister par l'humour et de nombreuses blagues se répandent comme celle-ci : une maraichère de Colmar gare sa voiture à gauche, un policier allemand l'emmène au commissariat et lui donne une amende de 5 marks alors la maraîchère éclata en sanglot en disant « je ne pourrais jamais payer ça ». L'Allemand lui répond « mais nous les allemands nous ne sommes pas des barbares, vous pouvez payer 5 pfennig par jour pendant 100 jours et vous aurez remboursée. » Alors la Colmarienne redouble de sanglots en disant « vous pensez rester autant de temps ici ? »


Il y avait en Alsace des gens résolument français, de façon clandestine. On trouvait également des germanophiles qui aimaient la culture allemande sans être nazis, l'Alsace ayant été rattachée à l'Allemagne de 1870 à 1918. Il y eut aussi des pro- allemands voire pro-nazis comme Charles Roos (autonomiste alsacien ayant des idées proches du national-socialisme, fusillé par l'armée française en 1940) qui devinrent collaborateurs. De nombreux autonomistes Alsaciens s'inscrivirent de plein gré au N.S.D.A.P. (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei) dès son ouverture.

Charles Roos collaborateur alsacien
Charles Roos collaborateur alsacien



Nous avons posé cette question à monsieur Francois Pétry : en quoi le fait d'être alsacien a pu influencer Joseph Steib ?

La situation dans laquelle se trouve l'Alsace depuis juin 1940 est, comme indiqué déjà plus haut, différente du reste du territoire français. Par sa situation géographique et en raison de liens anciens avec l'Allemagne, on était en Alsace plus sensible, dès les années 1930, à ce qui se passait en Allemagne : on entendait, d'une certaine manière, s'amplifier le bruit des bottes de l'autre côté du Rhin. La nouvelle situation politique (annexion à l'Allemagne) qui n'a absolument pas été évoquée dans les accords d'armistice avec l'Allemagne en 1940 et qui s'est donc faite de force, fait que les Alsaciens partagent le même sort, soit la contrainte directe, que les Allemands du Reich hitlérien. Le quadrillage de la population est très important, marqué par une omniprésence du parti à tous les niveaux administratifs et institutionnels, par l'intégration dans des associations nazies de toutes les catégories de populations, par ex. des jeunes garçons, les jeunes filles, par l'affiliation d'office au syndicat nazi. Plus haut a été évoqué le fait que les jeunes Alsaciens ont été enrôlés de force : ceux qui refusaient de signer leurs papiers militaires passaient d'abord quelques mois dans un camp d'internement, ainsi à Schirmeck en Alsace) puis étaient enrôlés de toute façon...

Steib qui était, comme une bonne partie de la population de région mulhousienne, un patriote français, a très mal vécu tout cela. Il s'inquiétait fortement dès 1939, réalisait bien que Hitler était la cause de tous les maux subis par les peuples, ce qui a pour effet qu'il a fait de Hitler sa « bête noire » dans ses tableaux. D'exprimer son opposition, de manifester sa résistance par l'art, donc le fait de peindre des tableaux antinazis était nécessaire, indispensable même à Steib pour supporter cette situation c'est ce que sa femme a bien compris : malgré ses inquiétudes, elle a accepté qu'il poursuive sa peinture.